Ohong Village
He feng cun
Réalisation : Lim Lungyin
Casting : Lin Yu-hsu, King Jieh-wen, Chen Hsin-tai
Scénario : Lim Lungyin
Type de film : Fiction
Pays : Taïwan
Année : 2019
Durée : 98 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 18/11/2026
Le village d’Ohong, qui donne son nom au premier long métrage du réalisateur Lim Lungyin, est en train de sombrer. Ce village taïwanais isolé, qui prospérait autrefois grâce à son lucratif commerce d’ostréiculture, produire maintenant des mollusques de taille modeste et de qualité médiocre : les effets du changement climatique se font sentir, minant le moral et la stabilité économique des agriculteurs et des familles locales. À cela s’ajoute la pression de devoir rivaliser avec Taipei, la capitale voisine en pleine effervescence, qui affiche sa richesse à coups de lumières clignotantes juste de l’autre côté de la mer. Cette opposition entre ruralité et urbanité est parfaitement traduite par le récit, mais ce qui saisit le plus dans le film, c’est la manière dont le réalisateur cadre cette lutte intrinsèquement contemporaine à travers le prisme d’une nostalgie visuelle à la fois floue et riche, c’est tout simplement merveilleux ! Tourné en super16 mm, Ohong Village regorge de couleurs. Le bourdonnement lumineux des LED et des néons est comme un foyer chaleureux qui attire l’attention du public. Le choix de tourner sur pellicule procure une texture granuleuse et une saturation somptueuse aux scènes de festivals, de feux d’artifice, de balades en bateau.
L’histoire suit Sheng et son père Ming, deux hommes si soucieux de préserver leur fierté qu’ils en viennent à recourir à la tromperie pour maintenir une image socialement acceptable. Sheng s’est récemment exilé d’Ohong et travaille à Taipei, mais une série d’échecs l’oblige à revenir dans son village natal pour réévaluer ses options professionnelles. Il a toutefois du mal à avouer cette vérité et commence donc à exhiber une fausse richesse, se vantant de gagner des millions de dollars et de profiter régulièrement de la vie nocturne luxueuse de Taipei. Ming est le seul à se méfier de Sheng, et sa frustration face à l’arrogance et à la malhonnêteté de son fils donne lieu à des échanges explosifs. La première partie de Ohong Village pose les bases d’un récit où la nostalgie de Sheng pour le confort de son foyer s’oppose à ses mensonges. Peut-être qu’après avoir traversé une crise morale, il envisagerait enfin de dire la vérité…
Mais le réalisateur choisit une autre voie, il résiste à la tentation d’un récit prévisible et recentre notre attention sur Ming. On comprend rapidement que la froideur du père n’est pas seulement de l’animosité envers le double jeu de son fils, mais en réalité une manière de se protéger, une sorte de fermeté défensive. Ming est âgé, son élevage d’huîtres est au bord de la ruine et sa santé se détériore rapidement… Ce changement de perspective est magistralement exécuté et permet au film de basculer avec fluidité vers un deuxième acte plus sombre et poétique. L’attention se détourne de Sheng, le regard perdu dans le lointain et contemplant ses choix, pour se porter sur le refus lent mais cinglant de son père de reconnaître sa propre fragilité. À l’exception d’une séquence où Ming se rend chez un médecin, Taipei n’existe que hors champ, aux marges du film, bien que tous les personnages ressentent sa présence intense et imposante. C’est une terre de richesse et de prospérité, mais c’est aussi la source secrète de la honte de Sheng, un lieu inaccessible et amer qui l’a rejeté.
Ohong Village embrasse la tension entre l’ancien et le nouveau, et sa sublime texture cinématographique l’inscrit dans un espace de mémoire qui tente péniblement de rattraper le présent. Les mensonges du père et du fils tissent, de génération en génération, une toile d’ignorance où la douleur et le désir trouvent à s’épanouir, là où les huîtres et les carrières échouent à prospérer.



