La libertad doble
Réalisation : Lisandro Alonso
Casting : Misael Saavedra, Catalina Saavedra
Scénario : Lisandro Alonso
Type de film : Fiction
Pays : Argentine
Année : 2026
Durée : 100 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 25/11/2026
Pour entrer pleinement dans l’univers des films du réalisateur argentin Lisandro Alonso, il faut accepter de se laisser aller à une temporalité et une spatialité différentes de celles que le cinéma a l’habitude de nous proposer. Après son œuvre la plus ambitieuse à ce jour, Eureka (2023), une réflexion mystique en trois parties sur la condition des Indiens d’Amérique, le cinéaste retourne au contact brut des vastes plaines de la Pampa argentine, vingt-cinq ans après son premier long-métrage La Libertad (2001). On y retrouve Misael Saavedra, ce (vrai) bûcheron qui mène une existence solitaire dans un campement de fortune, rythmée par l’abattage des arbres à la hache ou à la tronçonneuse, et les repas au coin du feu. Et lorsque Misael s’endort le temps d’une sieste, c’est son chien qui est filmé, vadrouillant au milieu des bois, laissant penser que la réalité s’apprête à basculer dans une autre dimension. Car ici, l’homme n’est qu’un simple élément de la nature et ne la domine jamais. « Je me sens très proche de Misael, de son mode de vie et de sa façon de se tenir éloigné du monde, même si cela peut paraître un rêve romantique. Dès le jour où je l’ai rencontré, il y a 25 ans, au fond d’un bois, je me suis senti en étroite relation avec lui. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute parce que j’aimerai mener une vie comme la sienne, solitaire et sans confort. Cela m’attire beaucoup sur le plan philosophique. » déclare Lisandro Alonso.
Mais cette routine, presque monastique et loin du monde moderne, bascule lorsque l’asile psychiatrique – en fait un simple bâtiment aux murs défraîchis – qui hébergeait sa sœur aînée Micaela s’apprête à fermer ses portes à cause d’importantes coupes budgétaires. Misael comprend alors qu’il va devoir à présent s’occuper d’elle. « Ce film est très personnel dans la mesure où je suis confronté à une situation comparable dans ma vie familiale. Comme Misael dans le film, j’essaie de faire de mon mieux, avec le même sentiment d’impuissance. Mais c’est une relation qu’on ne peut pas contrôler. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de plonger Misael, auquel je suis très attaché, dans cette situation. J’ai transporté ma propre expérience, et mes émotions, dans son corps, afin de pouvoir les observer de l’extérieur. » ajoute le réalisateur. À son arrivée chez Misael, Micaela introduit une forme d’émerveillement devant la nature, la lumière, les oiseaux qui l’entourent alors que son frère ne leur accorde plus qu’une attention mécanique. Enfermée pendant des années et maintenant délivrée d’une institution psychiatrique et de produits chimiques qui la rendaient végétative, Micaela redécouvre en un instant l’énergie primitive de ressentir les éléments qui l’entourent, probablement oubliés depuis son enfance. Le film glisse alors vers une expérience sensorielle au cœur d’un environnement sauvage où la rationalité humaine perd ses droits.
Avec une patience hypnotique, mais aussi avec une profonde mélancolie, Lisandro Alonso se joue de l’apesanteur et questionne le temps qui passe. En opposant la liberté physique et solitaire de Misael à la liberté sensorielle de sa sœur Micaela, il questionne deux manières de filmer et d’habiter le monde, brouillant au passage les frontières entre réalité et fiction. Quelque part entre Albert Serra et Apichatpong Weerasethakul, le réalisateur argentin continue de livrer, film après film, un cinéma contemplatif comme thérapie et acte de résistance face à une société en décrépitude où la vitesse est reine et l’asservissement roi.



