Girl
Nühai
Réalisation : Shu Qi
Casting : Roy Chiu, 9m88, Bai Xiao-Ying, Audrey Lin, Lai Yu-Fei
Scénario : Shu Qi
Type de film : Fiction
Pays : Taiwan
Année : 2026
Durée : 125 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 05/08/2026
Taiwan, fin des années 1980. Lin Hsiao-lee, jeune fille timide et effacée, vit dans une famille pauvre : sa mère, Chuan, s’use au travail pour boucler les fins de mois – entre le salon de coiffure le jour et la fabrique de fleurs en tissu le soir à la maison –, pendant que son mari, Chiang, alcoolique chevronné et mécanicien à ses heures de relative sobriété (boulot qu’il n’a réussi à obtenir et surtout garder que grâce à la promesse d’un ami de feu son oncle), passe le plus clair de son temps une bière à la main, à traîner sa peau dans les bars ou s’abrutir devant la télévision, comme pour échapper à son destin de raté. Lin Hsiao-lee a une petite sœur, de quelques années sa cadette : vu la configuration parentale, c’est elle qui s’en occupe les trois quarts du temps, du mieux qu’elle peut…
Cet univers pas folichon – euphémisme – semble en outre vidé de tout amour familial : on ne comprend pas pourquoi sa mère fait de Lin Hsiao-lee son souffre-douleur, passant sur elle des colères injustes, lui infligeant des punitions non méritées, allant même jusqu’à l’humilier à l’école devant ses camarades… On le comprend d’autant moins que sa petite sœur bénéficie clairement d’un traitement de faveur tombé d’on ne sait où ! Et la situation frôle le sordide lorsque le père, après son habituelle tournée d’ivresse, rentre à la maison tellement imbibé qu’il se met alors à décharger toute la frustration et la rancœur accumulées dans une violence dirigée contre sa femme ou son aînée…
Pour son premier film de l’autre côté de la caméra, Shu Qi nous offre un film d’une rare délicatesse sur un sujet malheureusement universel : les violences conjugales – et familiales – dans une société patriarcale oppressante. L’actrice, connue principalement pour ses collaborations avec Hou Hsiao-hsien et en particulier sa présence magnétique dans Millennium Mambo, restitue parfaitement l’ambiance délétère d’un foyer gangrené par la peur, la violence et la colère, tout en préservant une fragile lueur d’espoir, aussi ténue que tenace. Certes, la maison de Lin Hsiao-lee n’est pas un abri dans lequel elle peut se ressourcer, et plus le film avance, plus l’on perçoit en elle une volonté farouche d’effacer sa présence, de se rendre le plus invisible possible afin d’éviter les brimades et autres mauvaises rencontres. Mais c’est là tout son univers, le seul qu’elle ait jamais connu, et aussi froid et brutal nous apparaît-il, il n’en demeure pas moins son foyer.
Les choses vont peu à peu changer lorsque Lin Hsiao-lee rencontre à l’école une nouvelle élève, Li-li qui, en apparence, est son exact opposé : extravertie, bavarde, enjouée. Li-li revient à Taiwan après une longue période aux États-Unis, suite au divorce de ses parents. Issue d’un milieu aisé et permissif, la jeune fille va offrir à Lin Hsiao-lee cette opportunité inestimable de s’ouvrir délicatement au monde, là où une forme de joie de vivre est possible. Cet éveil, la réalisatrice vient l’enrouler à un autre récit, distillé au fil de l’histoire, l’itinéraire d’une jeune fille de l’âge de Lin Hsiao-lee, dont nous allons comprendre qu’il s’agit de Chuan, sa mère.
Si le film ne cache rien de la dureté de son sujet, il s’avère avant tout beau et délicat, sa mise en scène, minimaliste et poétique, créant un contraste troublant entre innocence et désespoir. Shu Qi signe un premier film profondément personnel, inspiré de ses propres souvenirs d’enfance. Plus qu’un drame sur la violence familiale, c’est une méditation sur la mémoire et la guérison. « Je voulais parler de cette contradiction entre l’amour et la blessure, entre ce qu’on reçoit et ce qu’on transmet malgré soi », explique-t-elle. Une ode à la lumière qu’on choisit de préserver.



