Notre histoire, chroniques du Caire
The stories
Réalisation : A. B. Shawky
Casting : Amir El-Masri, Valérie Pachner, Nelly Karim, Karim Kassem
Scénario : A. B. Shawky
Type de film : Fiction
Pays : Égypte, Autriche
Année : 2025
Durée : 122 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 01/07/2026
Voilà bien un film réjouissant, revigorant, jubilatoire… qui réveille nos zygomatiques tout en conquérant notre petit cœur sensible. Un film qui embrasse vingt ans d’histoire de l’Egypte, pays héritier d’une civilisation multi-millénaire, et qui rend un hommage chaleureux à son cinéma populaire, l’un des plus riches au monde dans les années 1950 / 1960.
Le récit est inspiré de la propre histoire du réalisateur austro-égyptien Abu Bakr Shawky et de ses aïeux. Tout commence en 1967, au cœur d’un appartement exigu mais on ne peut plus vivant du Caire, occupé par une famille hétéroclite mais soudée. Ahmed est un jeune pianiste en devenir (pour le malheur de ses voisins), flanqué de deux frères pas vraiment au diapason : Hassan, rebaptisé Hassanov parce qu’il est fan du modèle soviétique (on est sous le régime du grand Nasser), et Sharaf, passionné de football malgré son absence totale de talent pour le ballon rond, et fan du club de Zamalek. Il y a aussi le père, Ragheb, fonctionnaire consciencieux au ministère de l’Agriculture dont la mission est de reboiser le désert, et la mère, Fairouz, qui, malgré un environnement très patriarcal assume tranquillement son rôle de clef de voûte du foyer. Et comme si l’appartement n’était pas déjà assez peuplé comme ça, il accueille les soirs de match les oncles (dont un qui est systématiquement accusé de porter la poisse à l’équipe de Zamalek) et les voisins…
Deux événements marquent cette année 1967. L’un est collectif et inquiétant : les prémices de la Guerre des Six jours et la possible conscription des jeunes Égyptiens. L’autre est intime et heureux : le début pour Ahmed d’une correspondance amicale puis amoureuse avec Elizabeth, une étudiante en littérature qui vit en Autriche. Elizabeth qu’Ahmed rejoindra quelques années plus tard à Vienne, pour tenter d’y mener sa vie amoureuse et musicale : le jeune homme fera connaissance avec une famille autrichienne tout aussi gentiment dysfonctionnelle que la sienne, et devra affronter un prof de musique passablement décourageant et raciste… Mais on verra qu’il n’en a pas fini avec Le Caire…
Sur deux décennies, le film égrène en cinq chapitres tout à la fois les événements importants du pays : la Guerre des Six jours, les révoltes économiques de 1977 qui entrainent la démission surprise de Nasser, l’avènement d’Anouar El Sadate, les accords de Camp David avec Israël, l’assassinat de Sadate ; et les événements familiaux : le mariage d’Ahmed, la naissance d’un enfant, les ennuis du père suite à une phrase maladroite dans une interview…
Certains trouveront peut-être que les acteurs en font des tonnes, mais c’est la grande tradition des films égyptiens de l’âge d’or. Et de fait on se laisse emporter, entre rire et émotion, par cette saga familiale aux multiples rebondissements, drôles ou tragiques, le tout servi par une caméra dynamique et un montage très rythmé. À travers les relations familiales, à travers les personnages formidablement attachants, Abu Bakr Shawky parvient à donner une image juste et lucide de l’évolution de son pays pendant deux décennies décisives, entre la présidence de Nasser et l’arrivée de Moubarak : il montre les paradoxes idéologiques entre le marxisme de Nasser et le néolibéralisme qui gagne du terrain, la corruption omniprésente mais que l’on doit taire, la répression exercée par les régimes successifs mais aussi l’affection démesurée que portèrent les Égyptiens à Nasser ou à Sadate…
Voilà un grand film populaire, généreux et intelligent, comme on en voit trop peu : ne boudons surtout pas notre plaisir !



