Paradise
Réalisation : Jérémy Comte
Casting : Daniel Atsu Hukporti, Joey Boivin-Desmeules, Evelyne de la Chenelière
Type de film : Fiction
Pays : Canada, Ghana
Année : 2026
Durée : 90 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 19/08/2026
Une corne de brume sonne au loin dans la nuit noire étoilée. Peu à peu, la caméra balaie la plage, laissant apparaître des nuages de fumée, puis des pas dans le sable courent vers une barque. Une voix off – probablement celle de l’homme qui vient de monter dans l’embarcation –, raconte : un énorme navire enflammé, des corps en feu, tels des étoiles filantes, se jettent à l’eau, laissant à nouveau place à la noirceur de la mer mêlée au ciel. Un homme aurait été recueilli par le narrateur, un capitaine américain…
Dès cette première séquence, Paradise nous plonge dans un univers étonnant, entre rêve, souvenir et réalité, dans une atmosphère autant inquiétante qu’esthétique, et déjoue nos attentes (nous aurions pu nous imaginer dans un récit de migration) pour mieux nous conduire, par touches successives et à travers deux tableaux différents, vers un récit complexe, extrêmement bien construit, et d’une grande beauté.
Kojo vend du poisson dans les rues d’Accra, au Ghana. Elevé par un père pêcheur aux valeurs morales solidement ancrées, il ne peut s’empêcher d’admirer, malgré les clairs avertissements paternels, ces jeunes issus d’un gang local distribuant des billets à tout-va… Quelque temps plus tard, le père disparaît en mer et Kojo, seul, se retrouve aux prises avec la tentation de l’argent qui coule à flots.
Antoine a grandi sans figure paternelle, élevé par sa mère, professeure de yoga, dans une banlieue quelconque du Québec. Souvent livré à lui-même, il retrouve ses amis pour des séances de skateboard et des joints fumés en cachette. Leur foyer ne manque de rien, mais les fins de mois sont justes et Chantal doit tenir les comptes avec attention. Heureusement, son quotidien se trouve embelli par les petits cadeaux que lui fait parvenir son amoureux, marin rencontré quelque temps plus tôt grâce à une application, et dont Antoine imagine qu’il est ce père inconnu tant espéré.
Tel les deux côtés d’une même pièce, le destin de ces deux jeunes hommes est lié bien malgré eux…
De ces deux fils apparemment sans rapport, Jérémy Comte va construire une trame solide tissée autour de l’absence de la figure paternelle et ses conséquences, déployées à deux endroits du monde quasi opposés, culturellement, économiquement, socialement. Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur frappe très fort, déjouant sans cesse les stéréotypes attendus, y compris dans le rythme de ce récit tendu qui prend le temps de s’installer, pour mieux rebondir ailleurs à chaque mesure de sa progression. Dans le film, le paradis est avant tout celui que chacun décide de se construire, ce lieu où l’on peut trouver un refuge, la paix, et ainsi parvenir à mieux faire face, voire échapper à la douleur du monde. Ce lieu, aussi intime soit-il, n’en demeure pas moins universel dans ce qu’il offre, et la métaphore que file le film, en cette époque post-moderne où le numérique, les réseaux et internet prennent beaucoup de place, nous offre un pas de côté surprenant.
Sans rien dévoiler du cœur du sujet d’un film discret à ne pourtant rater sous aucun prétexte, il semble important de souligner à quel point la collision de ces deux destinées antithétiques parle le langage universel de l’amour, l’estime de soi, la vulnérabilité et la solitude. Avec beaucoup de grâce et de style, Jérémy Comte transforme les hommes en étoiles dans le ciel, qui peuvent filer à la vitesse de la lumière, sombrer dans l’obscurité et parfois se relier en une constellation permettant à certains de trouver leur chemin…



