Maspalomas
Réalisation : Aitor Arregi, Jose Mari Goenaga
Casting : Jose Ramon Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Uranga, Zorion Egileor, Kepa Errasti
Type de film : Fiction
Pays : Espagne
Année : 2025
Durée : 115 mn
Version : VOST
Vicente, âgé aujourd’hui de 76 ans, a quitté sa femme et sa fille à l’âge de 50 ans. Il a passé les 25 dernières années à vivre heureux avec son partenaire, Esteban, à Maspalomas, mais leur relation vient de prendre fin, et Vicente entend bien profiter de sa nouvelle condition de célibataire et du climat chaleureux des plages en effervescence des îles Canaries pour faire des rencontres aussi brûlantes qu’éphémères. Un nouveau départ en somme, plein d’une enivrante liberté ! Hélas, tout bascule lorsqu’il est frappé d’un AVC qui le plonge dans le coma, puis le laisse hémiplégique…
Nous retrouvons notre compère ragaillardi trois mois plus tard, cette fois-ci accompagné d’une fille dont nous ignorions jusqu’à présent l’existence, pour un placement dans une maison de retraite médicalisée, à Donostia / San Sebastian. Dans ce décor et cette ambiance grisâtres qui contrastent tellement avec la lumière chaude des séquences précédentes, notre pauvre septuagénaire décide de taire son orientation sexuelle. C’est ainsi que, presque sans s’en rendre compte, il revient là où tout a commencé, il retourne au placard, renonçant à tout ce pour quoi il a tant travaillé, reniant ce qu’il a traversé…
Magnifique film d’une grande justesse, Maspalomas aborde avec beaucoup de pudeur des questions rarement portées à l’écran, comme la sexualité et l’homosexualité chez les aînés, et avec elles, la prison que peut constituer l’enfermement dans le silence. Les peurs et les dilemmes auxquels est confronté cet homme complexe traversent aisément les générations. José Ramón Soroiz (Goya bien mérité du meilleur acteur) incarne magnifiquement ce Vicente, personnage tout en contraste, en constante mutation, soumis à différentes épreuves tour à tour réjouissantes, tristes, inspirantes, navrantes… Un héros pas tout à fait gentil qui transforme sa douleur en arme contre ceux qui l’entourent, allant jusqu’à provoquer des blessures à défaut de trouver le chemin de l’acceptation, du pardon et de la paix avec soi-même.
Avec Maspalomas, nous retrouvons Aitor Arregi et José Mari Goenaga qui, de film en film, poursuivent leur réflexion autour de l’identité, déjà au centre du tout récent Marco, l’énigme d’une vie, enchevêtrée à la question du confinement imposé, prépondérante dans Une vie secrète (2019). Dans ce nouveau long métrage qui met la crise sanitaire du Covid au service du récit, les réalisateurs parviennent à maintenir la tension autour de leur personnage principal toujours sur le fil, entre résignation et émancipation, ce qui fait de Maspalomas une œuvre témoin du passé, de la répression sociale et de son empreinte parfois indélébile sur l’intimité de personnes contraintes à vivre cachées pour éviter une condamnation. Le film explore ses personnages et ses thématiques avec une honnêteté, une profondeur et une sensibilité extraordinaires, parle des lourds secrets, des peurs et autres formes d’ostracisme auxquelles peuvent conduire l’ignorance et l’intolérance, de la tendance de la société à vouloir tout étiqueter et de la communication minimale entre les gens. Un film à la fois captivant et nécessaire, surtout en ces temps de dangereux recul des droits fondamentaux !



