Chicas tristes
Réalisation : Fernanda Tovar
Casting : Rocio Guzmán, Darana Álvarez, Tatsumi Milori, Tomás Garciá Agraz
Scénario : Fernanda Tovar
Type de film : Fiction
Pays : Mexique
Année : 2026
Durée : 90 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 12/08/2026
C’est un film mexicain inondé de soleil, qui sent bon l’été et les rencontres amoureuses entre adolescents qui, filles et garçons, ont toute la vie devant eux. L’action pourrait se passer dans une île de la Méditerranée, au bord d’une plage de la Baltique : mettre à profit les parenthèses enchantées des congés d’été pour vivre à l’abri du regard des adultes ses premières amours, plus ou moins heureuses, c’est vieux comme les vacances scolaires – et bien sûr sans frontières.
La Maestra et Paula sont deux jeunes filles de seize ans, amies à la vie à la mort. Elles partagent tout, l’ennui, les plaisirs, les jeux – parfois idiots – et une passion de toujours pour la natation, qu’elles pratiquent à un assez haut niveau, et qui devrait prochainement les faire voyager, si elles sont sélectionnées, pour une compétition au Brésil. Et bien sûr, La Maestra et Paula ne se cachent rien de leurs premiers émois, premiers désirs, premières fois, qu’elles espèrent et redoutent, entre pression hormonale et pression sociale. Justement Paula a un crush pour un camarade, qui coche toutes les cases pour être son premier amant et une grande fête s’annonce où il sera présent. Ni une, ni deux, les filles se glissent dans leurs robes les plus colorées et se maquillent comme les camions, pas forcément volés mais clinquants, bardés de néons, qui sillonnent les routes d’Amérique centrale. L’alcool coule à flot, les esprits et les corps s’échauffent, et Paula se laisse entraîner dans les toilettes par son heureux élu (les premières fois ne sont pas forcément synonymes de romantisme échevelé). Mais le lendemain, lorsque La Maestra presse son amie de questions pour avoir ses impressions, Paula reste plus qu’évasive, n’exprime ni enthousiasme, ni dégoût, refuse de rentrer dans les détails, se contente de dire que « ça allait ». Pour La Maestra, quelque chose cloche c’est sûr. Et de fait son amie lui révèle qu’elle ne voulait pas réellement passer à l’acte – mais que « ça s’est passé ». Génération Z oblige, c’est grâce à un chatbot, un agent conversationnel genre ChatGPT, que les deux filles parviennent à mettre les mots justes sur la situation : même si elle a pu être pleine de désir au début du flirt, ce qu’a vécu Paula est bel et bien un viol. Si Paula, sidérée, minimise la gravité de l’acte, La Maestra est profondément en colère contre le violeur à la gueule d’ange. D’autant que celui-ci ne voit pas le problème et propose dès les jours suivants un petit rendez-vous amoureux à Paula. Quant à l’entourage des adultes, il n’est pas plus brillant – à l’instar de cette responsable du club de natation qui s’inquiète avant tout de ce que la compétition à venir, décisive, ne soit pas gâchée par cette histoire.
Chicas tristes est un magnifique portrait d’adolescentes à l’heure où l’on croit naïvement que les années #MeToo ont éduqué les garçons aux notions de consentement dans les rapports amoureux. Une très belle analyse de la difficulté pour les filles concernées à réussir à libérer leur parole, quand le silence et le déni semblent plus supportables qu’un long combat pour faire entendre sa vérité. Combat qu’on peut croire perdu d’avance, dans un monde où les adultes référents trouvent également plus confortable de fermer les yeux.



