Du fioul dans les artères

Réalisation : Pierre Le Gall
Casting : Alexis Manenti, Julian Świeżewski, Mohamed Makhtoumi, Oudesh Rughooputh
Scénario : Pierre Le Gall, Camille Perton, Martin Drouot
Récompenses : Festival de Cannes 2026 : Semaine de la critique – Queer Palm révélation

Type de film : Fiction
Pays : France, Pologne
Année : 2026
Durée : 90 mn

Sortie nationale : 02/12/2026

Parfois, un film est tellement chouette qu’un prix Cannois décide de créer un deuxième prix pour pouvoir le récompenser, et c’est exactement ce qu’a fait le fantastique jury de la Queer Palm 2026, en décernant le prix révélation à Du fioul dans les artères. Ce premier long métrage nous bouscule par sa maîtrise et sa douceur. On s’immisce dans le quotidien d’un routier nommé Étienne. Sa vie, c’est la route. De temps en temps, au détour d’une pause, il s’autorise une partie de jambes en l’air dans un bois qui borde une aire d’autoroute, mais pas plus, car il n’y a pas le temps, ou alors quand il y a un peu de temps la fatigue l’emporte. Un jour, il croise le chemin d’un camionneur polonais nommé Bartosz, son cœur s’emballe et ses certitudes se meuvent…

Quel plaisir de voir un film sur les camionneurs et camionneuses ! Cette communauté de travailleurs indispensables, certains habités d’une passion parfois transmise de génération en génération, n’a pas beaucoup existé dans les fictions de cinéma. Nous avons bien sûr une petite pensée pour Camionneuse, le joli documentaire programmé chez nous l’année dernière… Du fioul dans les artères témoigne de leur quotidien avec justesse : on suit les journées à rallonge, les nuits sur la couchette, les déchargements dans les entrepôts, les repas dans les restos routiers, la douche vite fait dans les stations service… Bref, on ressent à quel point le métier use et contraint ses salariés à passer moins de temps avec leurs proches. Camions et routes auraient pu être synonymes de road movie, mais ici il n’en est rien. La route, parce qu’intensément liée au travail et à l’obligation de rendement, ne rend pas plus libre. Heureusement, l’émotion des regards et des gestes entre Étienne et Bartosz nous fait oublier la dureté du labeur, et leurs corps qui s’enlacent nous réchauffent le cœur. Notre protagoniste principal est joué par Alexis Manenti que l’on adore et que vous avez déjà peut-être vu dans Le Mohican (2025) de Frédéric Farrucci ou Les Misérables (2019) de Ladj Ly… Il nous offre une interprétation précise, et l’alchimie avec son partenaire Julian Swiezewski, qui incarne Bartosz, nous séduit. On soulignera l’intelligence de Pierre Le Gall de ne pas oublier les femmes au sein de cette industrie, qui doivent trop souvent subir le sexisme de leurs collègues hommes : même si ce n’est pas le sujet de notre histoire, c’est le genre de détails que l’on apprécie. Ensuite, il faut dire quelques mots sur les magnifiques plans de nuit qui composent une bonne partie de l’œuvre. Qui aurait pu croire que l’on trouverait une telle beauté dans les infrastructures sidérurgiques lumineuses du paysage ? Pourtant c’est bien le cas, et à plusieurs moments dans le film ! Comme le disent nos collègues d’Avignon : « C’est le début d’une romance, façon « Brokeback asphalt », comme le cinéma ne nous en a pas souvent offert, sidérante de beauté. ». Et si on peut vous conseiller une dernière chose, c’est d’aller voir sur arte.tv le court-métrage qu’a co-écrit Pierre Le Gall : Les Belles cicatrices réalisé par Raphaël Jouzeau. Splendide !

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