La Fille Condor
La hija cóndor
Réalisation : Alvaro Olmos Torrico
Casting : María Magdalena Sanizo, Marisol Vallejo Montaño, Nelly Huayta, Alisson Jimenez, Gregoria Maldonado
Scénario : Alvaro Olmos Torrico
Type de film : Fiction
Pays : Bolivie
Année : 2025
Durée : 109 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 19/08/2026
La première scène, visuellement sublime, donne le ton du film. On assiste, dans la pénombre faiblement éclairée par quelques bougies, et hors champ par les flammes rougeoyantes d’une cheminée qui crépite, à une scène d’accouchement – et sincèrement, que ce soit dans la composition de l’image, la disposition des personnages, les clairs-obscurs qui sculptent les corps, on se croirait dans un tableau du Caravage. Nous ne sommes pourtant pas au XVIe siècle dans les bas-fonds napolitains, mais dans une modeste demeure, aujourd’hui, au cœur de l’Altiplano bolivien. Ana, accoucheuse traditionnelle quechua, et Clara, sa fille adoptive, font leur office – comme avant elles des centaines de femmes, pendant des siècles et bien avant la conquête espagnole. Clara, qui a une jolie voix, est préposée au chant des douces mélopées destinées à apaiser les souffrances et l’angoisse de la future maman. La beauté saisissante de cette scène intemporelle fait écho aux longs plans fixes sur les volcans, champs, montagnes et nuages qui font la splendeur de ces paysages inviolés et suggèrent l’éternité d’un monde en péril. Le changement climatique menace les cultures traditionnelles et, dans cette scène, une grossesse difficile est le prétexte pour la médecine moderne d’intervenir au mépris des pratiques ancestrales. Pour Clara, la vingtaine, qui vit à l’heure des réseaux sociaux et des moyens de communication modernes, la ville exerce un attrait irrésistible. D’autant que son joli filet de voix lui permet de s’imaginer une carrière de chanteuse cathodique, façon « nouvelle star ». À la suite d’une dispute orageuse avec sa mère, Clara s’enfuit à la poursuite de son bonheur, déclenchant au village des événements mystérieux. Ana part alors à sa recherche, dans les néons et l’univers urbain tentaculaire de la grande ville.
L’attraction qu’exercent les chimères de la ville (moderne Babylone) sur des populations rurales désorientées, ainsi que le risque d’y dissoudre leurs traditions ancestrales, sont des motifs récurrents des cinématographies des pays du Sud. Ici, sans une once de manichéisme, le réalisateur a l’intelligence de pointer les dangers qui menacent la culture quechua tout en nous faisant partager son empathie pour la jeune Clara, qui tente de trouver sa voie / voix et de vivre ses propres expériences sans un instant renier ce que lui a apporté son aînée. Qui de son côté n’est pas moins happée par ce monde de lumières et de bruit. La mise en scène rend remarquablement, sans dénigrement ni condescendance, la fascination qu’exerce la ville sur ces deux femmes. On ne dira presque rien ici de la très jolie scène musicale de leurs retrouvailles, qui résume brillamment la subtilité du propos du film – une ode à la réconciliation entre la défense des cultures millénaires et les aspirations légitimes de la jeunesse à la modernité. Et ce à travers deux personnages remarquablement caractérisés, incarnés par deux extraordinaires actrices, tout en aspérités pour l’une et en douceur juvénile pour l’autre.



